Je regrette beaucoup que
l'information comme la vie quotidienne à Mayotte soit incohérente,
il m'a été demandé par un pilote de barque l'autorisation d'aborder
à l'ïlot M'bouzi, cela compliquait le voyage. Alors je suis allé
visiter une plage tranquille où des voleurs cachés m'ont dérobé du
matériel photo impossible à trouver ici à Mayotte.
Cet ilot M'bouzi est
préservé des voleurs, et Josian vous parle de ce paradis proche de
Mamoudzou ... Il faut seulement respecter les lieux et ne rien
laisser paraître de votre séjour, limité à la journée.
DD
Samedi 15 juin a été
organisé par les gardes de la Réserve Naturelle M’Bouzi une
visite de l’îlot en collaboration avec les Naturalistes de
Mayotte (gestionnaires de la réserve), et ceci pour la première
fois depuis plusieurs année. C’est une expérience amenée à se
reproduire afin de sensibiliser la population à la richesse et à
l’histoire extraordinaires de ce bout de terre méconnu de 83
hectares. Voici un petit rappel de son histoire
méconnue.
1. La Léproserie
L’îlot fut occupé,
à partir du XIXe siècle, par des lépreux mis en quarantaine ;
ces derniers n’avaient pas le droit d’en partir ;
pendant un siècle et demie, ils ont été internés, faisant
l’objet au fil des ans de nombreux traitements médicamenteux
expérimentaux, jusque dans les années 1950 où, la science
progressant, on réussit enfin à les guérir, ce qui les poussa à
rejoindre définitivement Grande-Terre.
En 150 ans
d’occupation, un petit village avait été construit, fort de
150 habitants, vivant en semi autonomie de produits
agricoles ; pour cela une partie de la forêt avait été
défrichée pour cultiver les terres. Les habitants vendaient leur
surplus de production, à très bas prix, aux grands terriens qui
venaient les approvisionner.
2. Agriculture et
carrière
Après les années 50, des
agriculteurs vinrent s’installer à M’Bouzi,
jusqu’aux années 80 (90 pour la dernière famille) où
ils furent chassés, l’Etat ayant pour projet d’en faire
une immense carrière… pour construire
l’aéroport !!!! Heureusement, sous la pression des
associations écologistes, ce projet fut abandonné.
3. Les makis
C’est alors que
s’installa Terre d’Asile, une association aux
intentions fort louables, puisqu’elle avait pour but de
recueillir les makis blessés ou malades ; deux femmes
Mzoungous (métropolitaines) établirent un centre de soins avec une
vingtaine de makis. Mais peu à peu la situation leur échappa :
au lieu de relâcher les lémuriens sur Grande Terre une fois guéris,
elles continuèrent à s’occuper d’eux et à les nourrir
deux fois par jour de riz blanc et de pain, les rendant
sédentaires ; peu à peu, devant l’abondance
d’apport alimentaire, ils devinrent obèses et se
multiplièrent : c’est ainsi qu’on en dénombrait
plus de 800 début 2012, répartis sur 2 hectares, autour de
l’ancienne léproserie où on les nourrissait ; cette
nourriture provoqua également la multiplication des rats ; ces
deux espèces ne se contentaient pas de la nourriture humaine et
dévoraient tout sur leur passage : plantes, fruits,
…détruisant peu à peu la flore attenante à leur lieu de
vie.
Les responsables de Terre
d’Asile ruinèrent leur santé (car les conditions
d’hygiène avaient fini par devenir infernales) ainsi que leur
compte en banque, et pendant plusieurs années employèrent trois
clandestins rwandais, payés 200 euro par mois. A une époque, des
visites touristiques étaient organisées, jusqu’à ce que les
visiteurs finissent par être attaqués par des makis devenus
agressifs.
4. La réserve
naturelle
En 2007, un décret
ministériel créa la Réserve Naturelle Nationale de l’îlot
M’Bouzi, avec une partie terrestre mais aussi une partie
marine. Des gardes furent embauchés afin de protéger la zone, et
pour remédier au problème des makis ils tirèrent la sonnette
d’alarme au niveau national en préconisant la solution de
l’euthanasie des lémuriens. C’est alors que les
institutions réagirent, tout d’abord pour s’indigner de
cette proposition (la fondation Brigitte Bardot monta alors au
créneau…) mais ceci entraîna une prise de conscience du fait
que les choses ne pouvaient plus continuer en l’état.
C’est ainsi que l’association Terre d’Asile
interrompit son « gavage » et partit de Mayotte en avril
2012. Avant cela ils auraient emporté avec eux une partie des makis
pour les relâcher sur Grande Terre…
Depuis, le miracle de la
nature s’est opéré, la faune et la flore locales ont repris
leurs droits ; avec l’arrêt des nourrissages, le
problème des makis et des rats s’est résolu de
lui-même : les premiers ont régulé leurs populations (ils
seraient environ 150 aujourd’hui, répartis non plus autour de
la léproserie mais sur l’ensemble de l’îlot, en
familles de 5 à 10 individus, contre des groupes de 200
auparavant) ; les seconds ont presque disparu, n’ayant
pas survécu, sans nourriture, à la saison sèche… Du coup,
les fleurs, feuilles, racines et fruits commencent à repousser pour
la première fois depuis presque vingt ans.
5. Une réserve
aux richesses insoupçonnées
Pourquoi une réserve
naturelle ? Parce que l’îlot possède une flore et une
faune d’une grande rareté. Le principal enjeu de la réserve
est sa forêt sèche endémique à Ebène des Comores. L’Ebène des
Comores est une espèce en voie de disparition, et n’existe
plus, à part sur l’îlot M’Bouzi, que dans quelques
zones éparses de Mohéli, à la Pointe Saziley et à l’îlot
M’Tsamboro : toutes des zones non protégées !
D’ici quelques années il pourrait donc n’en rester
qu’ici !
On y a également dénombré
quinze espèces végétales remarquables, certaines ayant été
découvertes il y a peu et étant, semble-t-il, uniques au
monde !!! C’est le cas par exemple d’un
champignon, vivant en double interaction avec un arbre et un
insecte. On vient également de repérer une plante, la "Lagrezia
comorensis" sensée avoir disparu de la surface de le terre
depuis…1854 !
Autre fait
remarquable : l’îlot possède deux mangroves (ce qui
constitue l’unique cas de mangrove sur un îlot à Mayotte),
petites mais contenant pas moins de cinq des sept espèces de
palétuviers mahorais. En ce qui concerne la faune, le Foudi des
Comores, oiseau emblématique de l’archipel et en déclin à
Mayotte, y niche en toute quiétude.
Enfin, c’est le
seul endroit à Mayotte (et c’est de plus en plus rare dans le
monde) où survit encore une forêt primaire, vieille de plusieurs
millions d’années.
Cet îlot, à
l’histoire mouvementée et d’une richesse floristique
extraordinaire, peut se visiter : son accès est libre (à
condition de respecter un certain nombre de règles, il est par
exemple interdit d’y mouiller son bateau : des bouées
d’amarrage ont été installées à cet effet), un chemin a été
aménagé, partant de l’ancienne léproserie et
serpentant dans une partie de la forêt sèche. La forêt
primaire, pour des raisons évidentes de préservation, n’est
pas accessible, mais vous pourrez l’admirer en bateau depuis
la mer.
Alors, si vous avez
l’occasion, n’hésitez pas à venir visiter ce trésor
méconnu !
Josian D.